Chroniques et critiques de théâtre, musique, cinéma, et art vivant en général. Mon but : vous faire vivre avec moi les sensations procurées par ces spectacles et vous donner envie de vous y plonger.
28 Octobre 2018
Le spectacle de Christophe Honoré m'a permis de "rencontrer" 6 artistes qui m'ont bouleversée.
J'ai donc décidé de faire le 2ème pas en allant dans ma librairie préférée, le Square à Lourdes, afin de me procurer les écrits de quelques uns d'entre eux.
J'ai été spécialement touchée par Hervé Guibert (joué sur scène par Marina Foïs) et c'est donc avec 2 de ses livres ainsi qu'un texte de Bernard-Marie Koltès que je suis rentrée.
"À l'ami qui ne m'a pas sauvé la vie" d'Hervé Guibert : pour ceux qui ont vu la pièce, vous y retrouverez une dizaine de chapitres formant le magnifique monologue de Marina Foïs sur Muzil (Michel Foucault). Ce texte m'a vraiment ouverte à un autre monde, d'autres perspectives. J'ai été captée par cette écriture. La colère, la tristesse, l'enthousiasme, j'ai pu ressentir la progression de la maladie, dans la société et dans son sang. Il nous donne à voir sa vie et les différentes phases de son deuil de celle-ci.
"Dans la solitude des champs de coton" de Bernard-Marie Koltès : un texte assez court autours de 2 hommes qui se rencontrent dans la nuit. Leurs échanges, sortes de joutes verbales, se répondent sans sembler s'écouter. Il arrive également à retranscrire l'ambiance particulière d'une nuit d'insomnie.
Je tenais à voir "Les nuits fauves" de Cyril Collard afin de mieux comprendre la place très importante prise dans la pièce de Christophe Honoré.
Ce film nous plonge dans un monde au début de la contamination par le sida mais il n'en est pas le coeur. Quoiqu'aujourd'hui aucune scène ne m'ait choqué à proprement parlé, il est important de le replacer dans son contexte initial, de comprendre le tournant capital qu'il a dû représenter pour toute une génération et le choc pour toute une frange "bien pensante" de la société.
Il est axé autour de Jean, interprété par Cyril Collard, un homme bisexuel et séropositif (pardon pour ces étiquettes mais ces deux aspects de lui sont au centre de l'intrigue). Le film questionne sa relation au monde, aux autres, sa capacité à aimer.
Le plus important reste pourtant l'instinct de survie du personnage principal et son envie de vivre. L'image finale est en cela l'apothéose.
Je vous invite d'ailleurs à découvrir cette interview qui permet d'avancer sur notre compréhension du film.
Après avoir plongé dans les livres d'Hervé Guibert et ses pensées suicidaires régulièrement disséminées, j'ai choisi de decouvrir Jean-Luc Lagarce au travers de "Juste la fin du monde", en livre et en film.
Je lis et vois la pièce en parallèle... Nécessairement, le film prend des libertés. Mais le poids des mots de Jean-Luc Lagarce, ces incessantes reprises, comme si l'on trébuchait, ce qui fait l'importance des paroles et des non-dits... Je l'ai retrouvé.
Pour ma part, j'ai vraiment été happée par l'ambiance et le jeu des acteurs. L'image est très travaillée, accueillant des tons bleus dans la grande majorité du film avant de virer à l'orange feu sur les dernières minutes lorsque les esprits s'échauffent et que l'on ose enfin se voir, se dire...
Je termine le livre dans quelques heures...
"Juste la fin du monde" de Jean-Luc Lagarce : J'ai terminé... Je suis comme en pause. L'écriture de Jean-Luc Lagarce me met comme en hypnose. Je suis bien, triste un peu, le sujet sans doute, et j'attends. J'ai la sensation d'attendre ma "nourriture" et chaque mot m'apporte un peu plus de vie.
Je suis fascinée.
Je lirais d'autres textes !