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Au fil de la saison

L'île Tristesse vue par Anne-Cécile Vandalem - crédit photo : Pascal Victor

L'île Tristesse vue par Anne-Cécile Vandalem - crédit photo : Pascal Victor

Que cachons nous derrière nos rideaux tirés, nos portes closes à double tour, nos volets roulants...

La violence, la colère, la rancoeur, les non-dits, la vengeance, ma misère, la douleur, l'oubli...

Des tas de sentiments traversent la pièce d'Anne-Cécile Vandalem, initialement écrite comme une fiction futuriste mais qui résonne aujourd'hui avec le drame sociologique que vivent de nombreux villages, dépossédés peu à peu de leur économie locale.

Un abattoir ferme, des travailleurs sont laissés sur le carreau et la vie perd ses droits. Le suicide de 2 habitants désespérés est le début de la déchéance de cette petite communauté. Devenue deserte, l'île laisse s'amplifier les instincts de chacun : l'un devient de plus en plus violent, l'une pleure et se renferme sur elle, d'autres se plongent dans les évangiles ou dans le souvenir de la vie qui n'est plus,...

Nous atterissons dans un village désolé, et nous attendons un choc. Il est là : une vieille femme est morte, pendue au drapeau. Sa présence, telle une menace muette pèse sur le village. Elle devra y rester, volonté d'une fille qu'elle ne voyait plus mais qui veut être "présente" au moment de la décrocher. 24h et voilà qu'elle arrive du continent. Politicienne, elle impose à chacun sa volonté et celle du "Parti". Elle souhaite récupérer l'île, ses bâtiments et surtout l'histoire de ses habitants. Elle jouera sur les plus bas instincts de tous jusqu'à exacerber leurs plus noirs travers.

C'est un massacre... les 8 protagonistes se tuent. Meurtre ou suicide, en 10min plus rien n'y paraîtra et l'on pourra ouvrir des studios. En d'autres temps, on parlerait de films de propagande mais le mot n'est jamais prononcé. 

J'ai reçu en pleine poitrine la violence contenue puis explicite, j'ai senti mes tripes se tordre face à un sourire qui cache la monstruosité, j'ai eu envie de hurler aux habitants de se réveiller, j'ai ressenti la terreur face à une femme qui hurle de douleur à l'approche de la menace, le froid du sol lorsque l'on pleure sur un cercueil, l'humidité de l'air de la nuit, j'ai tourné la tête à la recherche d'une constellation,...

Les comédiens parviennent à nous tirer sur scène, à nous amener dans cet univers parallèle et si proche.

Il faudrait, je suppose, réfléchir à la dimension éminemment politique de ce texte mais je choisis d'en retenir la dimension sociétale, ce qu'elle dit de notre époque et ce qu'elle permet de comprendre de l'Humain. 

Par ailleurs, je tenais à souligner la totale maîtrise de l'intervention de musiciens pour creer une partie de l'écosystème sonore au fur et à mesure de la pièce avec une intégration parfaite des musiciens en tant que personnages à part entière.

Enfin, j'ai apprécié l'absence totale des cameramen sur la 1ere partie jusqu'à ce qu'un rôle leur soit dévolu. Grâce à eux, on pénètre dans l'intimité des chaumières, on se glisse dans l'église, le sauna,... Ce procédé, vu dans Hamlet et Les idoles, prends ici une place différente, plus authentique : images tournées uniquement en live, absence visuelle des caméras pour laisser la place aux acteurs.

Tout ici contribué à la sensation de réel, clairement affichée des les premières minutes.

Une pièce puissante, encore en représentation au Parvis demain, jeudi 14 mars à 20h30.

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